La fonction RH à l’aune de l’économie du partage et de la transformation digitale

Un mouvement planétaire est en marche !
C’est bel et bien une nouvelle révolution industrielle qui est en marche et elle s’accompagne d’une rupture dans les mentalités : alors que, pendant des siècles, la possession était le symbole d’une certaine puissance, les consommateurs deviennent désormais des “partageurs”. Les biens se consomment pendant un temps, avant d’être échangés, revendus ou partagés avec les autres. Peu à peu, on perd notre côté matérialiste et l’objet ou le service deviennent davantage une expérience éphémère qu’une possession permanente.
Les exemples de cette économie participative sont concrets aujourd’hui et fleurissent dans notre quotidien : du frais kilométrique partagé dans un même véhicule aux tutoriels vidéos partagés en masse sur Youtube en passant par la montée en puissance des sites internet de troc et les prêts d’appartements pour des séjours à travers le monde. L’offre est variée, elle se développe de plus en plus, touche chaque jour plus de public, et propose tout un tas d’avantages qu’il aurait été impossible de concevoir avant : il y a encore quelques années, auriez-vous pensé partager votre trajet en voiture ou votre maison avec un inconnu ?
Nous ne sommes cependant qu’au début d’une révolution qui ne s’arrêtera pas aux portes des entreprises. Si les business models innovants permettant de proposer de nouveaux services, de nouveaux modes de consommation, remettent en question les marchés établis des majors de notre économie, il serait ainsi dangereux de croire que le management interne des entreprises ne sera pas affecté par ces changements.  Ainsi, l’open innovation qui rassemble entreprises et startups autour de défis à relever ne serait-elle pas l’application aux départements R&D de cette nouvelle économie du partage ?

Mais qu’en est-il pour la gestion des ressources humaines au cœur des entreprises ?

Les Directions des RH sont bien évidemment affectées par ce phénomène car un nouveau paradigme accompagne nécessairement le mouvement : dans la société de demain, le CDI à temps plein n’existera bientôt plus, en dehors de quelques métiers à forte valeur ajoutée ou nécessitant une expertise recherchée et durable. Ce type de contrat de travail présuppose effectivement une économie en pleine croissance avec une vision sur le long terme du chef d’entreprise. Qu’on le veuille ou non, notre environnement ne le permet plus. Le modèle du salariat de demain sera donc la répartition de l’activité professionnelle entre un ou plusieurs CDI à temps partiel complétés par d’autres activités, voire une alternance de CDD. Un des premiers signes de cette évolution est l’apparition de ceux qu’on appelle les slasheurs, des pluriactifs qui partagent leur activité entre plusieurs entreprises. Pour certains d’entre eux, cette situation est contrainte. Ils ou elles souhaitent compléter un temps partiel subi ou cumulent les petits boulots pour avoir de quoi vivre ou survivre. Mais pour d’autres, il s’agit d’un vrai choix de vie. La nouvelle génération baigne dans le courtermisme et l’évolution vers le zapping permanent, ce n’est pas un problème, bien au contraire !
Si le sacro-saint CDI n’est plus le Saint Graal tant recherché, la notion de carrière perd de son sens. Habitués à avoir tout et tout de suite, ces nouveaux arrivants ne sont pas prêts à croire en des promesses avec l’obligation en échange d’être serviables et corvéables pendant les années qui les séparent de leurs objectifs professionnels.
Alors qu’une carrière se construisait dans « l’ancien monde » par l’enchaînement d’expériences les unes après les autres, nombreux sont ceux qui choisissent maintenant de les vivre en même temps… pour accéder à l’indépendance, ne pas se complaire dans un lien de subordination vis-à-vis d’un employeur unique et surtout être « auto-entrepreneurs » de leur propre vie. C’est une autre façon de trouver un équilibre personnel, en exerçant des activités par envie plus que par obligation. Cette nouvelle communauté d’employés privilégierait donc le confort et la passion à la sécurité et la soumission, en étant libre de choisir où et quand travailler.
Vous pensez sans doute qu’il s’agit d’un épiphénomène ? Et pourtant, au dernier recensement, il y aurait 4,5 millions de slasheurs en France, et leur nombre ne cesse de croître.

Une nécessaire évolution du métier de DRH

Dans cette nouvelle donne, les DRH vont devoir réinventer leur métier. Si les conditions actuelles pour obtenir un crédit, un logement, … ne changent pas, le CDI à temps partiel que pourront proposer les employeurs aura tendance à devenir un boulot alimentaire permettant d’accéder aux « minima sociaux. » Cela devrait donc avoir une conséquence significative sur l’engagement des salariés au sein de l’entreprise… C’est seulement dans une seconde ou une xième activité complémentaire que le salarié pourra se réaliser, trouver une activité qui fait sens et répondre à son besoin d’accomplissement.
Sur un autre plan, les rapports de force entre employeurs et salariés vont logiquement et nécessairement se rééquilibrer sans recourir à la traditionnelle lutte des classes : pour être flexibles et donc compétitifs, les employeurs auront besoin de trouver la compétence dont ils ont besoin, au moment où ils en ont besoin et les salariés souhaiteront pouvoir décider de quand et où ils voudront travailler. Cela devrait radicalement changer la donne pour les employeurs fragilisés par leur besoin de flexibilité dans une compétition internationale. Et finalement, les employés qui ne dépendront pas d’un employeur unique partageront « leur risque salarial » entre plusieurs employeurs. Ils devraient voir leur pouvoir accru dans ce rapport de force. Cela bouleversera nécessairement la gestion des ressources humaines et les rapports sociaux au sein des Entreprises voire d’un territoire. Et dans ce contexte, comment gérer les plannings, la professionnalisation, les carrières, la rémunération… et la motivation des équipes ?

Et si finalement l’entreprise traditionnelle n’existait plus ?

Les entreprises devront donc partager leurs salariés avec une ou plusieurs autres, s’inscrire plus fortement dans leur écosystème et dans une économie collaborative.  Ce mouvement sera sans limite, si et seulement si, il est à la fois source de progrès social et de performance économique. En poussant plus loin notre réflexion et en extrapolant ce nouveau modèle nous pourrions voir l’émergence d’organisations de type neuronal et la constitution d’entreprises éphémères qui se créeront pour répondre à un besoin ou à un projet, et disparaîtront ensuite.

En conclusion

Voici donc un métier qui vit sa révolution permanente au regard des évolutions induites par les changements internes et externes à l’entreprise. De chef de personnel à Directeur des Ressources en passant par le Directeur des Relations Humaines, les titres sont porteurs de sens au regard des activités associées à la fonction. Quelle sera donc le prochain nom du DRH ?  Reste au final une inconnue : quel sera le business model de l’économie du partage dans le domaine RH ? Comment créera-t-elle de la valeur pour financer la transition qui apportera un minimum de sécurité ? Les DRH sont dans un système de contraintes schizophrène : injonction d’agilité dans un écosystème qui ne permet pas de véritable rupture. Et, même s’ils ont les outils et la volonté, en-ont ils les moyens ? 


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